V. L’avenir

Quelles issues possibles ? La lutte contre Daech doit-elle avoir la priorité ? Le régime syrien est-il un moindre mal ?

Alors que la ligne de la France était jusqu’à maintenant ni Assad ni Daech, après les attentats de Paris, le président Hollande a paru donner la priorité à l’éradication de Daech sur l’éviction d’Assad. Une grande partie du débat en France porte sur cette question de priorité. Mais peut-on raisonnablement séparer les deux objectifs ? Certainement pas et ce pour au moins trois raisons :

1. Il y a eu, depuis le début, une complicité objective entre le régime d’Assad et Daech. Non seulement parce que les jihadistes libérés en mai 2011 par Assad sont allés, directement ou non, grossir les rangs de Daech. Mais aussi parce que le régime a toujours préféré bombarder les populations civiles ou les autres groupes rebelles que Daech et que, à quelques exceptions près (prise de la base de Tabqa notamment), ce dernier s’attaque plus volontiers aux autres groupes rebelles qu’à l’armée du régime.

2. La poursuite des bombardements des populations civiles par le régime, aidé à présent par l’aviation russe, a un effet d’aimantation des candidats au jihad qui vont prioritairement rejoindre les rangs de Daech. Obtenir le départ d’Assad et l’arrêt des bombardements des populations civiles est le meilleur moyen de limiter le pouvoir d’attraction de Daech.

3. Ce n’est qu’en instaurant une véritable transition politique à Damas (c’est-à-dire sans Bachar Al-Assad) que l’on pourra obtenir, sous certaines conditions, que l’opposition armée se joigne à l’armée du régime pour constituer les forces au sol indispensables à l’éradication de Daech.

diary.thesyriacampaign.org – 5 reasons we can’t beat Isis while Assad is in power
liberation.fr – Bachar al-Assad moindre mal contre Daech : chiche !

Mis à jour le 29 novembre 2016

Alep

Aujourd’hui, le martyr de la population désarmée en Syrie est symbolisé par le sort que connaît la ville d’Alep. Alep-Est, assiégée depuis juillet 2016, est sous les bombardements intensifs du régime syrien et de la Russie, alors que combattent au sol, pour le compte d’Assad, milices irakiennes, afghanes et gardiens de la révolution iraniens.

Plus aucun hôpital ne fonctionne car tous ont été bombardés, les casques blancs (sauveteurs civils) ont eux aussi été bombardés,  les victimes civiles, dont de nombreux enfants, sont chaque jour plus nombreuses. Il est par ailleurs à craindre que la reprise des quartiers d’Alep-Est s’accompagne de nombreuses arrestations et, malheureusement, de nombreuses disparitions, le régime et ses soutiens étant dans une logique de vengeance contre ceux qui leur ont si longtemps résisté.

Bassem Khalifé, un habitant du quartier de Bustan Al-Qasr, dans l’est d’Alep a confié : « À chaque fois qu’on sort, on fait nos adieux au reste de la famille ».

Devant le Conseil de sécurité de l’ONU le 21 novembre 2016, le secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, Stephen O’Brien, déclarait : « En tant qu’être humain, je suis bientôt à court de mots ». Au-delà du drame humanitaire, la question de l’impuissance de l’ONU et de son incapacité à rétablir la paix et la sécurité, se pose. Cantonnée à la condamnation de crimes de guerre, elle n’engage aucune action pour mettre fin au massacre. Ce qui peut dès lors apparaître comme une complicité passive des puissances face à la mise à mort d’1/4 de millions de personnes, risque en outre de nourrir le terrorisme, en étant repris dans le discours d’injustice déjà mobilisé par Daech.

Mis à jour le 30 novembre 2016
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