IV. Que reste-t-il de la Syrie et des Syriens ?

Destruction du système de santé

Le personnel médical ou paramédical a été particulièrement ciblé : 654 morts dont 93 % tués par le régime. Par ailleurs 15 000 d’entre eux ont quitté le pays.

Les hôpitaux sont eux aussi systématiquement pris pour cible, y compris aujourd’hui par les forces russes (12 hôpitaux frappés en octobre 2015). On estime que 26 % des hôpitaux ne fonctionnent plus et que 33 % ne fonctionnent que très partiellement.

Or 11 millions de personnes ont besoin de soins médicaux. Seuls la moitié des enfants syriens sont aujourd’hui vaccinés. D’où la réapparition et la propagation de maladies contagieuses qui avaient été éradiquées du pays : polio, leishmaniose, rougeole, typhoïde et même choléra.

Faute de soins et de médicaments, les personnes atteintes de maladies chroniques – diabète, hypertension, cancer – font des victimes supplémentaires (de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers, non comptées dans les chiffres avancés ci-dessus).

À ces chiffres, il faut ajouter que, selon les estimations internationales, plus de 13 millions de Syriens ont aujourd’hui besoin d’assistance humanitaire.

lexpress.fr – Syrie : une ONG dénonce les « insupportables » bombardements des hôpitaux

Mis à jour le 14 juin 2016

Une population en baisse, une population déplacée

La population est en baisse (moins 23 %) en raison du nombre de victimes, mais aussi du déficit des naissances : moins 50 % par rapport à 2011.

Par ailleurs, plus de 4,8 millions de Syriens ont quitté le pays pour se réfugier dans les pays voisins, en Europe et, plus rarement, dans les pays du Golfe ou en Amérique.

Réfugiés  : 4 819 494

  • Turquie: 2 733 044
  • Liban: 1 033 513
  • Jordanie: 657 099
  • Irak: 249 395
  • Egypte: 117 168
  • Afrique du Nord: 29 275

Population en camp : 10% soit 494 947 personnes.

Demandes d’asile de syriens en Europe entre avril 2011 et mai 2016 : 1 066 844.

En France, nombre de demandes d’asile (nécessairement plus élevées que les octrois effectifs de l’asile) entre avril 2011 et mai 2016 : 12 142 (par comparaison : Allemagne = 354 038 ; Serbie = 313 656 ; Suède = 110 579 ; Hongrie = 72 505 ; Pays-Bas = 32 070).

La Syrie compte par ailleurs entre 7 et 8 millions de personnes déplacées dans le pays.

Si on additionne les réfugiés à l’extérieur et les déplacés à l’intérieur, 1 Syrien sur 2 n’habite plus dans sa maison !

Mis à jour le 19 octobre 2016

Une génération perdue ?

Quelques chiffres permettent de comprendre l’ampleur de la catastrophe syrienne pour les nouvelles générations, ainsi que la stratégie consciente du régime ciblant la jeunesse :

  • 1 enfant sur 3 n’a connu que la guerre
  • Plus d’un tiers des enfants tués l’ont été alors qu’ils étaient à l’école, s’y rendaient ou en revenaient.
  • Depuis 2011, il y a eu plus de 4 000 attaques contre des écoles. Aujourd’hui, une école syrienne sur quatre n’est pas en activité.
  • Près de 2 millions d’enfants sont déscolarisés et 1,35 million supplémentaire pourraient abandonner l’école.
Mis à jour le 30 novembre 2016

Le coût des destructions

On évalue à 2,1 millions le nombre de logements détruits et à plus de 7 000 le nombre d’écoles détruites.

Le coût de ces destructions est aujourd’hui évalué à 270 milliards de dollars.

Si elle se faisait aujourd’hui alors que la guerre n’est pas encore finie, la reconstruction, s’élèverait déjà à 300 milliards de dollars (soit 10 fois plus que ce que les USA ont dépensé pour la reconstruction de l’Irak).

Mis à jour le 21 avril 2016

Une économie dévastée

La production économique, mesurée par le PIB en prix constant, s’est réduite de moitié depuis le début de la crise syrienne.

La production électrique, déjà insuffisante avant la révolution, a baissé de 70 %.

La production agricole s’est contractée de plus de 40 %.

Le taux de chômage est de 50 %.

L’inflation moyenne sur quatre ans a été de 50 %, avec des pointes à 120 % en 2013.

Le taux de change officiel était en mai 2015 de 220 livres syriennes pour 1 dollar. Sur le marché noir, il fallait 300 livres syriennes pour obtenir 1 dollar.

Si l’économie ne s’est pas effondrée, c’est en grande partie grâce aux perfusions iraniennes (livraisons de pétrole et lignes de crédit renouvelées à plusieurs reprises).

Mis à jour le 21 avril 2016

Un patrimoine ravagé

En raison des combats (Alep, par exemple), des destructions volontaires causées par Daech (temples de Bel et de Baal-Shamin à Palmyre, entre autres), mais aussi des pillages systématiques commis tant par Daech que par le régime pour se financer, le patrimoine mondial de l’humanité présent en Syrie est soit endommagé, soit en danger de l’être.

Mis à jour le 21 avril 2016

Comment vivent les Syriens ?

Tous les Syriens, où qu’ils soient, et quelle que soit leur appartenance communautaire, leur orientation politique ou leur situation socio-économique ont vu leur vie bouleversée par le conflit.

C’est naturellement dans les zones contrôlées par le régime en Syrie que les habitants sont le plus en sécurité puisqu’ils ne sont pas bombardés. Ils bénéficient encore de tous les services de l’Etat : administration, éducation, santé, etc. Cependant, ils sont sous étroite surveillance des forces de sécurité et des milices du régime et continuent de vivre dans la peur. Les difficultés économiques de la vie quotidienne (cf. supra) sont leur principale préoccupation du fait des coupures d’électricité et d’eau et surtout du manque de fioul de chauffage et de carburant et de la flambée des prix de toutes les denrées de première nécessité.

Dans les zones sous contrôle de l’opposition syrienne, la population est celle qui subit le plus durement la guerre et les violences. Certaines régions sont entièrement assiégées par l’armée et n’ont plus accès aux denrées les plus élémentaires. Les autres sont régulièrement bombardées par l’aviation du régime et maintenant l’aviation russe. Les villes et villages sont dévastés. Les Syriens qui y sont restés sont ceux qui n’ont pas la possibilité de partir, mais certains tiennent aussi à ne pas quitter leur maison et leur environnement. La vie quotidienne est organisée localement par des conseils civils en coordination avec les combattants qui contrôlent chaque zone. Les services de santé, d’éducation, de justice, etc… sont assurés plus ou moins correctement selon les lieux. Les habitants les plus démunis bénéficient de l’aide humanitaire pour la nourriture tandis que certaines activités commerciales, de service ou d’économie parallèle font vivre les autres.

Dans les régions contrôlées par l’Etat islamique, Daech soumet les habitants par la terreur à son ordre rigoriste impitoyable, encadrant tous les aspects de la vie quotidienne. Toute activité doit cesser et les magasins fermer aux heures de prière. Les femmes ne peuvent sortir dans la rue que sous le niqab noir qui les couvre de la tête au pied. Les exactions les plus terribles punissent tout contrevenant au système totalitaire imposé, y compris des exécutions sommaires et des tortures. Les écoles, les hôpitaux ou les tribunaux sont organisés et gérés par les services et la police islamique de Daech, composés essentiellement de jihadistes étrangers.

Dans les camps de réfugiés, en Jordanie, en Turquie, au Liban et à l’intérieur des frontières syriennes, les familles vivent dans des tentes et parfois dans des caravanes ou des préfabriqués. Ils sont pris en charge par les organisations humanitaires internationales ou locales. Les enfants représentent la plus grande partie de la population de ces camps : des écoles ont parfois été établies ; dans certains cas, une éducation informelle est dispensée par des bénévoles. Certains camps sont aujourd’hui de véritables villes ou bidonvilles, tel celui de Zaatari au nord de la Jordanie qui compte environ 150 000 habitants. Des activités commerciales et des ateliers pour les femmes se sont développés parmi les réfugiés. Mais la difficulté des conditions de vie voit aussi apparaître tous les maux de zones de non-droit : fonctionnement mafieux, trafics, prostitution.

Les exilés et réfugiés syriens à travers le monde, se comptent par millions, venant de toutes les régions et appartenant à toutes les communautés ou catégories sociales. Partis individuellement pour fuir les combats, la répression ou la perte de leur maison, ou pour mettre en sécurité leur famille, ils sont concentrés dans les pays voisins (1 habitant du Liban sur 4 est un réfugiés syrien) mais sont de plus en plus nombreux, notamment depuis 2015 et après des voyages très risqués, à chercher asile en Europe – en priorité en Allemagne ou en Suède, en train pourtant de fermer leurs frontières. Les enquêtes montrent que l’immense majorité de ces réfugiés en Europe ne souhaitent pas s’y établir, mais retourner dans leur pays dès que cela sera possible, et pour la plupart dans une Syrie sans Assad. Ce phénomène ne pourra être endigué qu’en trouvant une solution à la crise syrienne.

Source : « Survey amongst Syrian refugees in Germany », adoptrevolution.com, octobre 2015.

Source : « Survey amongst Syrian refugees in Germany », adoptrevolution.com, octobre 2015.

adoptrevolution.org – Majority of Syrian refugees in Europe are running from the Assad regime, not Isis, says survey
lexpress.fr – Syrie: les derniers survivants d’Alep

Mis à jour le 14 juin 2016
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