II. De la guerre civile à la confrontation régionale

Aux revendications initiales et légitimes des Syriens, se sont ajoutées les dimensions régionales et internationales d’un conflit qui dure.

Qui sont les alliés du régime de Bachar Al-Assad ?

Le régime bénéficie depuis le début de la révolution du soutien indéfectible de l’Iran sur les plans politique, financier, diplomatique et militaire car Téhéran ne veut absolument pas qu’un pouvoir sunnite, potentiellement soutenu par les pétromonarchies du Golfe et, plus particulièrement, l’Arabie saoudite, s’installe à Damas.
Le Hezbollah chiite libanais que soutient Téhéran est également partie prenante au conflit aux côtés des forces d’Assad. Le 5 juin 2013, il entre officiellement sur le territoire syrien et il reprend la ville frontalière de Qusayr aux insurgés, évitant au régime une défaite qui aurait pu constituer un prélude à son effondrement.
Pour l’Iran il est important d’avoir cette continuité stratégique Téhéran/Bagdad/Damas et Hezbollah. C’est pour cela que l’on parle d’un axe chiite contre un axe sunnite formé de Riyad/Le Caire/Ankara sans oublier les pétromonarchies du Golfe. En outre, de nombreuses milices chiites étrangères sont venues combattre en Syrie pour le compte du régime;

syrie.blog.lemonde.fr – Les djihadistes chiites, l’autre menace pour l’avenir de la Syrie et des Syriens (3/3)

La signature de l’accord sur le nucléaire iranien le 14 juillet 2015 est importante car tous les efforts de Washington étaient concentrés sur l’obtention de cet accord qui était une priorité pour Barack Obama. Certains observateurs considèrent même que le président américain a reculé en août 2013 lorsqu’il était question d’une intervention en Syrie, pour ne pas entraver les discussions avec les Iraniens.

Mis à jour le 29 novembre 2016

Quels pays soutiennent l’opposition?

La Turquie est voisine de la Syrie, et depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP au début des années 2000, a cherché à améliorer des relations historiques difficiles. C’est ce que le ministre Ahmet Davutoglu a appelé la politique de « zéro problème avec les voisins ». La Syrie a mis en sourdine ses revendications territoriales au sujet du Sanjak d’Alexandrette, et un accord de libre-échange a été signé entre les deux pays.

Lors de la répression des manifestations par le régime syrien en mars 2011, la Turquie a tenté de mener une médiation pour convaincre Bachar Al-Assad de conduire les quelques réformes demandées par les manifestants. Face à son refus et à la persistance d’une politique de répression, les Turcs ont appuyé l’opposition, accueilli ses premières réunions, puis accepté des centaines de milliers de réfugiés sur leur territoire. On a par ailleurs reproché au gouvernement turc une attitude pour le moins laxiste vis-à-vis des jihadistes, laissant entrer troupes et armes en Syrie.

En réalité, Ankara est très préoccupée par la situation en Syrie en raison d’une longue frontière entre les deux pays. Deux facteurs guident sa lecture de la crise : les réfugiés, dans sa relation avec l’Europe qui lui demande de les retenir, et la question kurde dans la mesure où elle craint qu’une autonomisation d’un Kurdistan syrien ne réactive les tensions en Turquie même. Sur ses deux points, elle n’obtient aucune garantie des Occidentaux.

Dès lors, sa position évolue à nouveau, à mesure que le régime d’Erdogan se raidit. La tentative de coup d’État en juillet 2016 fait apparaître d’autres priorités chez Erdogan, qui se rapproche sensiblement des Russes et modère désormais sensiblement son opposition au régime syrien. La Turquie est entrée cet été en Syrie et, avec l’aide de Turkmènes syriens et d’unités de l’Armée Syrienne Libre, a repris Jarablus à Daech. On ne peut exclure à terme des affrontements entre l’armée turque et les YPG kurdes, même si l’accord que semblent avoir conclu cet été la Turquie, la Russie et le régime syrien semble sonner le glas des rêves kurdes en Syrie.

Comme la Turquie, les pétromonarchies ont rapidement pris acte que le soutien aux révolutionnaires syriens n’était pas une priorité pour Washington, en dépit des déclarations publiques. L’Arabie saoudite et le Qatar se sont très vite engagés dans la crise syrienne avec l’objectif de combattre le régime syrien et ainsi de limiter l’influence de l’adversaire iranien dans la région. Pour cela, elles fournissent des armes aux rebelles mais c’est insuffisant car les forces du régime ont le contrôle total de l’espace aérien.

Par ailleurs, l’Arabie saoudite et le Qatar jouent chacun leur propre partition, divisant ainsi l’opposition. D’abord en pointe et soutenant le mouvement des Frères musulmans, le Qatar est peu à peu en retrait, au profit de l’Arabie saoudite. C’est ainsi que Riyad a organisé en décembre 2015 une réunion de l’opposition, permettant de former une large plateforme, dans la perspective de la tenue à New York d’un nouveau round de négociations visant à mettre fin au conflit.

Mis à jour le 29 novembre 2016

Comment Israël voit-il le conflit syrien ?

Israël suit bien évidemment avec une grande attention tout ce qui touche à son voisin syrien. Si son aviation a mené plusieurs raids aériens – 30/01/2013, 3 et 5/05, 5/07, 31/10 – contre des centres de recherche militaires près de Damas ou contre des convois du Hezbollah, Israël n’influe pas sur le conflit. Il est avant tout préoccupé par la présence de l’arsenal d’armes chimiques syrien et par le risque qu’il ne tombe entre les mains de groupes rebelles radicaux ou entre celles de la milice chiite libanaise. Le premier ministre Benjamin Netanyahou a d’ailleurs déclaré : « Nous menons de temps en temps des opérations en Syrie afin d’éviter que ce pays ne se transforme en front contre nous ». Les responsables israéliens sont partagés sur le devenir de la Syrie. Certains s’accommoderaient du maintien de Bachar Al-Assad au pouvoir car ils le connaissent et savent qu’ils peuvent compter sur lui pour contrôler la frontière (ce qu’il fait effectivement et malgré les discours depuis 1974), quand d’autres estiment que l’arrivée au pouvoir de jihadistes sunnites provoquerait un chaos profitable et affaiblirait leur ennemi, à savoir le Hezbollah.

Mis à jour le 21 avril 2016
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